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[4 juin 2008]
Penser la politique avec Gramsci, c’est une possibilité de développer une analyse et une pensée pertinentes du mouvement de transformation. [ fr ]

• Gramsci développe une théorie politique pour la société capitaliste développée. Celle-ci « apparaît comme boîte à outils pour penser qui en étant utilisés provoquent sans cesse de nouveaux modes d’utilisation. ». C’est ce défi qui constitue sa valeur pérenne.(1)

• Cette approche permet de penser une stratégie qui ne vise pas seulement l’acquisition du pouvoir, dans le sens étroit du terme, mais la réalisation d’une « volonté collective démocratique-socialiste, alternative, large, afin d’exclure un retour en arrière » (2)

• Le concept de l’Etat intégral (comprenant la société civile et la société politique) est considéré comme : terrain de la constitution de l’unité de la classe dominante, terrain de la lutte de libération, terrain à conquérir en vue de l’unification des classes subalternes. Afin d’y maintenir son pouvoir, la bourgeoisie a recours, si besoin, à des formes populistes-nationales, ou national-populistes.

• Dans ce type de confrontation, la capacité de diriger du parti ne consiste pas à présenter une vision du monde toute faite, mais d’articuler les éléments idéologiques fondamentaux d’une société autour d’un nouveau principe hégémonial (hégémonie n’exclut pas pluralisme) (3).

• « Pour Gramsci, l’hégémonie est construction d’un bloc soudant ensemble le moment économique, le moment éthico-politique, le moment culturel et logico-langagier, de manière à ce que les impératifs du système productif et les transformations des classes et groupes sociaux se traduisent ou se ‘purifient’ en un système de normes, de valeurs et de pratiques partagées dans un sens commun suffisamment homogène. Cela implique que les classes dominantes acceptent des concessions minimales pour faire passer leur politique et rendent impossible une alternative de la part des classes dominées. » (4)

• Les classes dominées ont à viser la construction d’une contre-hégémonie : permettre aux groupes subalternes de devenir dominants, au-delà de la phase corporatiste- économique, viser une phase d’hégémonie politique –éthique dans la société civile et de pouvoir dans l’Etat. (5)

Analyse concrète de l’hégémonie de Sarkozy(6)

Notre thèse :

• Il y a crise de l’hégémonie néolibérale, dans la société française, où les critiques du néolibéralisme (du capitalisme pour certaines questions) sont fortement développées au sein des milieux populaires et ‘couches moyennes’, et plutôt marquées par des approches de gauche. Où le référendum a illustré cette crise d’hégémonie (victoire de la contestation face à l’offensive de l’ensemble des moyens de l’Etat, des médias, des appareils des grands partis, des grands think-thanks).

• La gauche ne sait pas affronter les grands défis et traduire cette crise d’hégémonie en une offensive en faveur d’une contre-hégémonie.

• Sarkozy développe, pour pérenniser le règne du néolibéralisme, un approche de ‘rupture’ en s’appuyant notamment sur les divisions créées ou sensiblement renforcées dans la société par le développement de l’offensive néolibérale.

• Il développe un discours d’une nouvelle cohérence : politique économique néolibérale ; ajustement du rôle de l’Etat dans un moment de crise de l’autorégulation des marchés ; valorisation du travail dans un sens d’individualisation des rapports sociaux (en s’appuyant sur l’exigence de la place de l’individu porté entre autre par 1968) ; thématisation des divisions des classes subalternes au profit de l’individualisation (place reconnue des méritants, écrasement des non méritants).

• Il gagne ainsi une partie de l’électorat populaire sensible aux critiques antilibérales, sans perdre ailleurs, et peut ainsi (provisoirement) revitaliser une hégémonie qui semble fort compromise, ce que la gauche n’a pas su traduire positivement.

• Cette relance de l’hégémonie par Sarkozy reste fragile, dans la mesure où l’écart entre le vécu et son discours s’agrandit rapidement et dramatiquement.

Elisabeth Gauthier

1 voir Gramscismus – Alastair Davisdson, Peter Jehle Antonio A. Santucci / HKWM Bd 5

2 idem

3 idem

4 André Tosel, Nicolas sarkozy, singe de Gramsci, Le Patriote 11/04/08

5 voir Gramscismus – Alastair Davisdson, Peter Jehle Antonio A. Santucci / HKWM Bd 5

6 Joachim Bischoff / Elisabeth Gauthier – Sarkozy et l’hégémonie du néolibéralisme (en allemand Supplément revue Sozialismus 12/2007 ; en français plaquette éditée par Espaces Marx)