Université du Québec à Montréal

Montréal, Canada

9 May, 2013 - 10 May, 2013

Organisé conjointement par le Centre d’études sur le droit international de l’Uqam et le Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal

Le Cédim est un centre de recherche interdisciplinaire dont les travaux s'articulent autour de deux axes, à savoir : 1) une réflexion sur la façon dont le droit international peut être à la fois un vecteur de domination et un outil d’émancipation; 2) une critique des méthodologies et des théories dominantes dans le champ du droit international et des études internationales de façon plus générale. Au cours des deux dernières années, le Cédim a organisé des colloques internationaux sur les sujets suivants : l’apport des théories critiques en droit international et en Relations internationales; le Tiers-mondisme et le post-colonialisme; ainsi que l’intersectionnalité dans les études internationales.

De son côté, le CRDP soutient depuis plus de 50 ans et de façon pionnière la recherche et la collaboration interdisciplinaire autour du droit. Ses travaux s'articulent notamment autour de l'axe "Droit et nouveaux rapports sociaux" et, dans l'ensemble, cherchent à réunir et combiner tous les apports disciplinaires et critiques sur le droit.

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On assiste depuis une ou deux décennies au retour des références consacrées aux écrits du penseur marxiste italien Antonio Gramsci (1891-1937) et ce, autant en science politique (et surtout en Relations internationales), qu’en sociologie et en droit (et notamment en droit international). La résurgence des idées de ce penseur n’est sûrement pas l’effet du hasard si l’on considère que la décennie des années 2000 se caractérise par l’atténuation dans la communauté académique de la pensée TINA (There Is No Alternative) et de l’hégémonie libérale ayant prédominé dans les années 1990. Pour le dire autrement, on assiste au retour de la pensée critique dans le monde universitaire et les intellectuels qui s’en réclament ont besoin d’inspiration et d’un vocabulaire commun pour développer celle-ci.

Ce colloque s’inscrit dans la suite des rencontres organisées par le Cédim depuis 2010 et dans lesquelles a été notamment mise en relief l’importance des aspects idéologiques dans la reproduction des relations de pouvoir. À plusieurs reprises, tout au long de ces différents colloques, des références aux analyses développées par Gramsci ont été faites et ont fait ressortir le rôle du consentement spontané des sujets pour la reconduction des rapports de subordination de toute sorte (le capitalisme, le patriarcat, le racisme, l’impérialisme économique et culturel, etc.), consentement spontané qui a comme effet de rendre plus ou moins superflu la mise en application de la coercition par la société politique. Ce consentement spontané se crée lorsque les sujets placés dans une position de subordination dans ces structures de domination et d’exploitation finissent par envisager celles-ci comme étant naturelles, inévitables et justes, alors qu’elles sont en réalité contingentes, explicables historiquement et à l’origine de leur statut de subalternes.

Ce colloque va tenter d’explorer différents éléments de la façon dont se construit ce consentement spontané et comment des intellectuels, académiques et militants peuvent s’y attaquer afin de le déconstruire et mieux organiser la résistance contre les structures de subordination. Ensuite, dans la mesure où ce consentement spontané se constitue à partir d’éléments qui sont d’abord et avant tout de nature idéologique, il sera aussi nécessaire de réfléchir aux conditions matérielles qui sont à l’origine de la « conception du monde » dont parle Gramsci et qui rend possible ledit consentement spontané. Pour ce faire, quatre panels seront constitués :

Coercition et consentement spontané
La coercition et le consentement spontané (produits de la société politique et de la société civile) sont directement reliés chez Gramsci car ils constituent les deux méthodes grâce auxquelles les dominants reproduisent les structures de subordination. Ainsi, selon Gramsci, là où la société civile joue efficacement son rôle de création du consentement spontané, le rôle coercitif de l’État est négligeable. Au contraire, là où les intellectuels organiques des classes dominantes sont incapables d’assurer ce consentement spontané, seules la force et la répression sont en mesure de perpétuer les rapports sociaux de manière conforme aux intérêts des dominants. Leur relation, et comme l’a déjà fait remarquer Perry Anderson, n’est toutefois pas étanche et il est important pour la reconduction des structures de subordination que la coercition soit elle-même légitime et que les subalternes considèrent qu’il est normal qu’on l’exerce dans telle ou telle situation (par exemple, lorsque des démunis s’en prennent à la propriété privée des nantis). Ce panel, qui sera une sorte d’introduction aux trois autres, développera cette problématique en réfléchissant notamment sur le rôle du droit et de « l’État de droit » dans la construction de ce consentement spontané. Il se penchera aussi sur la relation de coconstitution entre ces deux éléments et les structures sociales et économiques.

Hégémonie et relations internationales
Robert Cox, « père fondateur » des études néo-gramsciennes de Relations internationales, a cherché tout au long de ses travaux à mettre en exergue le lien existant entre la domination qu’un État pouvait exercer dans les domaines militaires et économiques et sa capacité à mettre en place un ordre international dans lequel une majorité d’États a l’impression d’être « avantagée » par cet ordre. En disant cela, il faut évidemment réaliser que lorsqu’on parle d’« États », il faut comprendre qu’il s’agit des groupes dominants à l’intérieur de ceux-ci, mais n’empêche que cette analyse nous pousse à problématiser davantage, et c’est ce que ce panel cherchera à faire, la façon dont se constitue cette hégémonie au niveau international. Sera notamment exploré le rôle des organisations internationales et du droit international à cet effet. Des communications pourront aussi parler de la signification de l’arrivée des pays émergents comme le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine (les fameux BRICs) et de leur capacité à constituer un bloc contre-hégémonique. Enfin, certains auteurs néo-gramsciens évoquent la constitution d’une « classe capitaliste transnationale » (CTT), voire d’un « État capitaliste transnational en émergence », formés autour des organisations internationales. Qu’en est-il de cette CTT et de son État transnational? Quel est leur effet, à supposer qu’on en accepte l’hypothèse, dans les analyses de l’État au niveau national?

L’intellectuel et la pratique
L’un des apports essentiels de Gramsci concerne son analyse de la lutte que se font les « intellectuels organiques » de chacun des groupes sociaux ayant des intérêts opposés et qui constituent une société. Pour lui, c’est de cette lutte entre des « directions opposées, d’abord dans le domaine de l’éthique, ensuite de la politique, pour atteindre une élaboration supérieure de [la conscience propre] du réel » que va se constituer une « conception du monde » qui va être, ultimement, au fondement du consentement spontané des masses. Cette analyse nous force à nous interroger sur le rôle de l’intellectuel dans la société et ce, sous deux angles différents. Tout d’abord, sur la question de savoir si ses activités académiques doivent être guidées par ses positions et ses valeurs politiques ou si, au contraire, il doit plutôt chercher à demeurer dans une posture neutre. Deuxièmement, sur la question de ses implications politiques à l’extérieur de l’académie. Si la première réponse débouche sur une réponse positive, en survient alors une seconde qui concerne la façon dont ce rôle d’intellectuel de la résistance doit être exercé.

Savoirs universitaires et idéologie
Gramsci a mis un accent considérable sur le rôle que jouent, dans la construction de l’hégémonie et du consentement spontané, des institutions telles que les journaux et revues, l’Église et l’école. L’université est également un lieu névralgique pour la construction de la « conception du monde » qui deviendra dominante dans une société, autant en direction d’une aseptisation de la critique et du renforcement du consentement que de la création d’une pensée critique, porteuse de résistance et d’émancipation. Ce panel réfléchira sur le rôle de l’enseignement et de la recherche universitaires dans cette conception du monde qui détermine en partie au moins dans l’imaginaire collectif ce qui est normal et anormal, juste et injuste, ainsi que ce qu’il est possible d’imaginer comme formes alternatives d’organisation de la société. Dans cette optique, une réflexion sur les enjeux reliés aux différents modes de financement des universités (et on revient encore une fois aux liens entre les structures économiques et les éléments idéologiques de la superstructure) sera essentielle. Ce panel cherchera aussi à réfléchir sur les implications normatives et politiques des différentes théories de la connaissance et des différents points de vue épistémologiques.

 

 

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