Atelier études culturelles 2016-2017 Antonio Gramsci Université Paul-Valéry Montpellier 3

Atelier études culturelles 2016-2017 Antonio Gramsci


Séance 1 17 janvier Salle C020 17h00-19h00
Antonio Gramsci : l’homme, l’œuvre, les concepts Daniele Comberiati et Isabelle Felici  MCF et Professeure en études italiennes à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3


Cette séance d’introduction commencera par une présentation globale des quatre séances de l’atelier des études culturelles 2016-2017, consacré cette année à Antonio Gramsci. Puis, elle sera l’occasion de faire connaissance avec l’homme, son œuvre et ses idées. La vie d’Antonio Gramsci, né en Sardaigne en 1891 et mort à Rome en 1937, est marquée par des faits, des lieux et des événements qui forment son schéma de pensée : l’insularité, la maladie, le développement du mouvement social à Turin, l’activité journalistique, la révolution bolchévique, la montée du fascisme, la création du Parti communiste italien, les séjours en Russie, la prison. L’œuvre, presque entièrement composée en prison, s’imbrique inextricablement avec les éléments biographiques et connaît, après la mort de Gramsci, des mésaventures éditoriales, entre « censure » et redécouverte, dont seront retracées les grandes lignes. Seront également exposées les idées les plus souvent évoquées à propos de la pensée gramscienne : hégémonie, classes subalternes, question méridionale. 


Séance 2 31 Janvier Salle C020 17h00-19h00
L’influence de Gramsci, des situationnistes aux mouvements des années 2000 Jérôme Désert et Massimo Tramonte MCF en Science Politique à l’Université de Perpignan Via Domitia et MCF honoraire en études italiennes à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3


Autour de Gramsci L’Internationale situationniste et la critique révolutionnaire de la société spectaculaire
Le rapport des situationnistes à Gramsci peut s’articuler autour de deux aspects essentiels : - la critique du « spectacle » au sein de la superstructure idéologique qui fonde la légitimité des intellectuels révolutionnaires à mener une « guerre de position » en assumant la fonction d’« hégémonie », c’est-à-dire la direction politique et culturelle du nouveau mouvement révolutionnaire en formation - la critique de la délégation du pouvoir politique que constitue la démocratie représentative au profit de l’instauration du « pouvoir absolu des conseils ouvriers », élément de la stratégie révolutionnaire ou « guerre de mouvement » des situationnistes – avec le point de vue critique formulé en 1969 par René Riesel à l’encontre de la position de Gramsci sur les conseils d’usines de Turin lors du Biennio Rosso.
L’influence de la pensée d’Antonio Gramsci sur les mouvements nés dans les années 2000 : Occupy, Syriza, Podemos...
On connaît l’influence des concepts gramsciens d’hégémonie et de classes subalternes sur les études culturelles, de Stuart Hall à Edward Saïd, et l’extraordinaire diffusion de la pensée de Gramsci dans les universités américaines (Cultural studies, Subaltern studies). A partir de cette constatation, nous verrons comment, à travers ce filtre, le concept d’hégémonie est réutilisé dans les mouvements récents comme Podemos, Occupy, Syriza. Très récemment, le 3 mai 2016, un des leaders de Podemos, Pablo Iglesias, s’exprimait en ces termes : « L’hégémonie est la capacité qu’ont les secteurs dominants à s’organiser pour convaincre les majorités sociales de la validité des récits qui justifient et expliquent l’ordre politique. Les dispositifs utilisés pour convaincre sont fondamentalement culturels et servent à établir les clés des récits hégémoniques. Gagner les batailles en politique hégémonique revient fondamentalement à convaincre par son propre récit. [...] Le fait que dans le langage politique espagnol se soit imposé le mot caste pour désigner les élites politiques est un bon exemple de la façon dont la politique propose un nouveau récit de la crise et de la marche à suivre pour la dépasser. »
Autour de ce concept d’« hégémonie », associé à celui de « classes subalternes » se développe aujourd’hui un débat qui sort des universités, des colloques et des revues spécialisées pour se transformer en action politique, dans les rues et les places.


Séance 3 7 mars Salle C020 17h00-19h00
Lectures et réappropriations anglophones de Gramsci : le cas des Cultural Studies et des Postcolonial Studies Marc Lenormand et Claire Gallien MCF en études anglophones à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3


Les écrits d’Antonio Gramsci sont traduits de manière progressive et parcellaire en anglais, d’abord à la fin des années 1950 avec The Modern Prince, dans les années 1970 avec les Letters from Prison, puis au travers de diverses anthologies critiques dans les années 1980 et 1990, avec par exemple Selection from Cultural Writings 1985, An Antonio Gramsci Reader 1988, Prison Notebooks en 1992 et 1996, et Pre-Prison Writings en 1994. Dans une certaine mesure l’histoire de la traduction des écrits de Gramsci en anglais reflète l’histoire de la production et de l’édition fragmentaire de ses textes en langue originale.  Ces traductions sont publiées au moment où en Grande Bretagne comme aux Etats-Unis se développent deux courants de pensée critique – les Cultural Studies et les Postcolonial Studies – qui réutilisent certains concepts clés de la pensée de Gramsci, et notamment le concept d’hégémonie.  Nous proposons dans le cadre de cette séance de revenir brièvement sur l’historique de ces traductions vers l’anglais et de nous intéresser principalement à la manière dont les Cultural Studies et les Postcolonial Studies se réapproprient la pensée de Gramsci et à quelles fins. Nous interrogeons également les effets de redirection et réduction de la pensée gramscienne passée au filtre de sa réception anglophone.  


Séance 4 5 avril 2016 Salle des Colloques 1 Saint-Charles 17.00-19.30
Gramsci, Bourdieu et la circulation internationale des idées
Marco Santoro, Professeur en Sociologie à l’Université́ de Bologne Présentation et modération par Isabelle Felici et par Daniele Comberiati, Professeure et MCF en études italiennes à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3


Durant les décennies 1960-1970, au moment où les théories de Gramsci commencent à être très débattues en Europe, Bourdieu est en train de développer ses idées sur la domination culturelle. Les notions d’hégémonie et de « sujet collectif » (la classe ouvrière) ont dû l’interpeller, d’autant plus que Gramsci, marxiste hétérodoxe, avait rejeté le marxisme de l’histoire pour créer une théorie politique dans laquelle la culture jouait un rôle fondamental. Pourtant, dans les textes de Bourdieu, il n’y a que de rares et succinctes références à Gramsci, dont une critique à propos des « intellectuels organiques » définis par Gramsci. A partir de leur relation intellectuelle, qu’on pourrait qualifier de « rencontre manquée », sera abordée la question de la circulation internationale des idées : la crise du sujet collectif, la réappropriation et la reformulation des théories de Gramsci ainsi que les différentes lectures qu’on en fait. 
Marco Santoro est Professeur Associé de Sociologie à l’université de Bologne. Il travaille sur la production culturelle et médiatique (notamment sur l’héritage de Gramsci et Bourdieu), sur l’histoire de la sociologie, sur les notions de Mafia et criminalité, sur la circulation internationale des idées. Il a publié, entre autres, les livres Effetto Tenco. Genealogia della canzone d’autore (Il Mulino, 2010) et La cultura come capitale. Produzioni, consumi, politiche, identità (Il Mulino, 2009). Il est directeur de la revue Studi Culturali.

 

 

https://www.univ-montp3.fr/filemanager/colloques_conf/Gramsci_Ateliers_des_%C3%A9tudes_culturelles_2016-2017.pdf

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